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VERS MON ÉVEIL
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À la découverte du bouddhisme

Siddhartha Gautama dit Le Bouddha naît vers 563 avant notre ère dans une famille royale.
À l’âge de 29 ans, il renonce à la vie princière pour chercher une réponse à la souffrance humaine.
Après plusieurs années d’ascèse, de réflexion et de pratique méditative, il réalise l’éveil, donnant ainsi naissance à l’enseignement du bouddhisme aujourd’hui plusieurs fois millénaire.
1. Les afflictions (Duḥkha) et le cycle des renaissances (Samsara)
L’apparition conditionnée (Pratītyasamutpāda)
Le Bouddha observe que rien n’apparaît sans raison. En effet, chaque chose trouve son origine dans des causes antérieures. C’est la loi de cause à effet.
D’ailleurs, cela vaut autant pour la matière que pour ce qui anime la matière (personnalité, émotions, pensées, croyances, ego…).
Par exemple, les montagnes apparaissent car les plaques terrestres s’entrechoquent. Sous l’effet de la colère, le corps se tend et les relations deviennent conflictuelles. Vous êtes ici présents car une force vous a poussé à vous inscrire, etc.
À noter que la science parvient à la même conclusion : rien n’apparaît sans condition.
Attention, il ne s’agit pas d’une doctrine fataliste ou déterministe : nous sommes le fruit de causes, certes, mais nous pouvons en créer de nouvelles, en conscience.
C’est précisément dans cet espace qu’apparaît la liberté.
Impermanence du réel (Anitya) et vacuité (Śūnyatā)
Non seulement rien n’apparaît sans raison mais tout est en constante transformation depuis des milliards d’années.
Par exemple, cette pomme tombée de l’arbre va se décomposer et nourrir le sol. Cette émotion que nous ressentons en ce moment même aura disparu en quelques secondes. Même la montagne qui semble éternelle finira par s'éroder par la force du vent ou de la pluie.
C’est le fameux « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » de Lavoisier.
Non seulement tout est impermanent mais tout est également vide. Pourquoi ? Car la matière est composée à 99,99% de vide. Nous croyons que la montagne est solide car les électrons de notre main viennent appuyer contre les électrons de la montagne. Cette apparente solidité est donc électromagnétique, pas matérielle.
De façon surprenante, 500 ans avant notre ère, Bouddha avait déjà compris ces vérités scientifiques.
Pour résumer : tout ce qui apparaît et qui nous semble tangible, solide, immuable n’est en fait qu’une illusion persistante à laquelle nous croyons dur comme fer, comme dans un rêve.
Le « moi » est une construction mentale qui n’existe pas de façon permanente (anātman)
Depuis l’origine, tout nous pousse à croire que nous sommes un individu parmi tant d’autres : notre corps, notre prénom, nos désirs, nos pensées, nos émotions, nos croyances, notre personnalité... Ce « moi » indubitable s’est tissé au fil de notre propre histoire comme le lierre s’enchevêtre sur la pierre…
Pourtant, notre corps vieillit, nos émotions s’écoulent, nos pensées s’envolent, nous changeons mille fois d’avis et notre personnalité évolue sans cesse.
Même notre conscience semble parfois disparaître : où part le « moi » lorsque nous dormons, lorsque nous perdons connaissance, lorsque nous sommes frappés par la maladie (psychose, alzheimer…) ?
Au final, quand nous regardons attentivement qui nous sommes, nous ne trouvons jamais un « moi » stable, seulement des processus d’identification dont les origines sont conditionnées.
Alors, si tout s’effrite, si tout finit par disparaître, que reste-t-il pour dire « moi » ?
Le Bouddha tranche cette question et affirme : « Il n’existe aucune entité fixe, éternelle ou indépendante qui serait moi ».
Comment ? Notre conscience individuelle serait donc comme les montagnes : une illusion persistante ? Vide et impermanente ? Sommes-nous une personne ou bien ne sommes-nous personne ?
Nous touchons là un point sensible pour nous qui sommes sur un chemin spirituel. En effet, comment pourrions-nous ne pas croire à notre propre existence ? Est-ce seulement possible de l’imaginer ?
Nous constatons ici que le bouddhisme propose une croyance diamétralement opposée à la plupart des religions ou spiritualités : absence de « moi » ou de conscience individuelle VS âme qui survit à la mort.
Les trois poisons (triviṣa)
Selon l’enseignement du Bouddha, trois causes sont à l’origine des afflictions :
L’ignorance (symbole : le porc / le mammifère) : méconnaissance de la loi de cause à effet et non reconnaissance de l’impermanence du réel. Par exemple : ne pas se soucier des conséquences de ses actes ou s’identifier à un moi permanent et solide (passer une vie entière à vouloir être quelqu’un) ou encore être persuadé que la montagne est immobile et solide.
L’attachement / l’avidité (symbole : le coq / l’oiseau) : désir constant et insatisfait. Par exemple : faire de l’accumulation de richesses un but de vie, être dépendant affectivement de quelqu’un, être aveuglé par l’industrie du divertissement, rechercher en permanence une émotion pour se sentir vivant, se gaver de nourriture, de culture…
Aversion/Colère (symbole : le serpent / le reptile) : hostilité envers ce qui est perçu comme nuisible. Toute pensée qui vise à renforcer la croyance que nous sommes différents, séparés les uns des autres. Par exemple : toute forme de racisme, de rivalité, de jalousie, de défiance… Ne pas vouloir pardonner, se croire supérieur à l’autre, etc.
Les afflictions condamnent chacun au cycle infini de la souffrance (Samsāra)
Le Samsāra désigne le cycle infini de tout ce qui naît d’une cause antérieure. Il n’y a ici aucune distinction ou morale : cette roue karmique inclut tout ce qui existe, qu’il soit de nature matérielle ou immatérielle, qu’il soit connoté de façon positive ou négative.
Concrètement, tant que nous sommes sous l’emprise des trois poisons, nous produisons un flux de causes et de conséquences (Saṃskāra) qui vient alimenter le cycle infini de la souffrance.
Il y a bien sûr des moments de répit mais ils sont trompeurs. Par exemple, le bonheur nous glisse entre les doigts car il est comme tout le reste : impermanent. Tant que nous le recherchons, tant que nous croyons le retenir, nous restons prisonniers du Samsāra.
Entrer dans le courant de l’éveil (Srotāpatti)
Nous avons vu que :
- Le « moi » est une construction mentale qui n’a pas d’existence propre (Anātman)
- Le monde qui nous entoure est une illusion persistante. Nous le voyons de manière stable alors qu’il se transforme continuellement. (Anitya)
- Depuis le Big Bang, tout, absolument tout, existe du fait de causes antérieures mais nous n’avons pas conscience de tous les flux conditionnés.
Lorsque nous réalisons tout ceci et que nous y croyons de façon indubitable, quelque chose d’extraordinaire se produit. Comme une étoile est attirée par un trou noir, nous devenons irrémédiablement orientés vers l’éveil (Srotāpanna).
D’un point de vue psychologique, la Srotāpatti est donc une réorganisation profonde de la structure cognitive. La découverte qu’il n’existe aucun « moi » au centre de l’expérience bouleverse le processus d’identification : la personnalité est toujours là mais le « moi » s'effrite voire s’effondre. Incrédule, le srotāpanna réalise que l’expérience continue sans “lui” et qu’il en a toujours été ainsi.
Dès lors, le srotāpanna comprend que les pensées et les émotions ne sont pas une production du « moi » mais bien quelque chose qui existe indépendamment. Il réalise que le corps n’a pas besoin d’un « moi » pour respirer ou digérer de façon indépendante.
Le doute latent lié à l’existence du « moi » ne tient plus et le sotāpanna est déchargé d’un poids qu’il avait sur les épaules. Il s'ensuit un calme intérieur, une confiance retrouvée et l’apaisement du mental. Voici une image qui exprime parfaitement ce que vit le sotāpanna.
Imaginons un commandant de bord qui a toujours cru qu’il était le pilote de l’avion. Un jour, il découvre qu’il existe un mode “pilote automatique” : l’avion vole selon des lois physiques, selon des réactions prévisibles puisque conditionnées depuis toujours. Déchargé de toute responsabilité, le commandant de bord peut dès lors s’asseoir tranquillement et profiter du voyage.
Plus précisément, le pilote peut encore s’asseoir au poste de pilotage mais peu importe ce qu’il fait, l’avion peut voler sans lui.
Bien sûr, la Srotāpatti n’est pas l’éveil complet, loin de là. Il s’agit d’une phase de transition durant laquelle le srotāpanna continue de vivre comme le commun des mortels, du fait des conditions antérieures. Ainsi, il ressent toujours de la colère, du désir, des afflictions de toute sorte.
La partie suivante décrit les conditions qui mènent à l’éveil complet.
2. L’éveil (Bodhi) et l’arrêt des afflictions (Nirvāṇa)
La nature de Bouddha
Tout l’enseignement du Bouddha repose sur la compréhension de ce point crucial : nous sommes déjà éveillés.
En effet, nous sommes éveillés depuis toujours mais cette nature est simplement voilée par l’épais brouillard de notre mental (pensées, émotions) et par l’obsession de ce « moi » auquel nous sommes fortement identifiés.
L’éveil n’est donc pas une quête. Ce n’est pas un état qu’il nous faudrait chercher ailleurs. Il faut plutôt le voir comme une prise de conscience, un dévoilement, une révélation.
Sans la compréhension de cette réalité fondamentale, l’éveil est impossible car l’être déjà éveillé cherche partout un chemin qui n’existe pas.
Chercher l’éveil, c’est comme passer une vie entière à chercher ses lunettes alors qu’elles sont déjà sur son nez.
La tranquillité de l’esprit (Samatha), la clarté de l’esprit (Vipashyanā) et l’enseignement (dharma) sont les bases de l’éveil.
Lorsque nous sommes sous l’emprise des afflictions (colère, peur, tristesse, avidité, jalousie, orgueil, fierté, manque, etc.), il ne nous est pas possible de réaliser qu’il existe une autre réalité derrière le « moi ». Il est donc primordial de restaurer la tranquillité de l’esprit.
Lorsque nous croyons dur comme fer à l’illusion persistante de tout ce qui nous entoure, y compris celle de notre propre « moi », il ne nous est pas possible de réaliser qu’il existe autre chose derrière ce « moi ». Il est donc primordial de restaurer la clarté de l’esprit.
Enfin, l’enseignement (ou le Maître) permet à celui qui possède la tranquillité et la clarté de l’esprit de réaliser qu’il est déjà éveillé. En d’autres termes, il lui révèle sa vraie nature, par effet miroir.
Si ces trois conditions ne sont pas réunies, l’éveil complet est impossible. Cette triade est donc le cœur de l’enseignement du Bouddha.
La nature de l’esprit (Citta-tā)
Lorsque nous parvenons à nous désidentifier du « moi », nous réalisons qu’il existe autre chose derrière lui : l’esprit.
Alors, qu’est-ce que l’esprit ?
C’est ce qui apparaît quand on observe calmement ce qui se passe ici et maintenant : une présence stable, claire et calme.
Stable car l’esprit est toujours là, contrairement au « moi » qui est impermanent par nature.
Clair car l’esprit sait reconnaître à chaque instant l’illusion persistante. Il ne peut pas être trompé par ce qui semble permanent, contrairement au « moi » qui s’y accroche.
Calme car l’esprit ne peut pas être troublé, contrairement au « moi ».
L’image du soleil permet de comprendre la nature de l’esprit : les nuages obscurcissent ou laissent passer la lumière, ils font tomber la foudre, la neige, la pluie… Mais une fois que les nuages s’en vont, le soleil réapparaît toujours.
Nous voyons ici que le « moi » semble coexister avec l’esprit. Plus précisément, il en est une émanation, au même titre que les pensées, les émotions, les montagnes...
Autrement dit, comme la vague existe sans jamais être séparée de l’océan, le « moi » existe sans jamais être séparé de l’esprit.
L’arrêt des afflictions (Nirvāṇa)
Lorsque nous réalisons que nous sommes déjà éveillés, nous cessons de voir la réalité à travers les yeux du « moi ». Nous la voyons directement avec les yeux de l’esprit.
Dès lors, nous devenons conscients, à chaque instant, que nous ne sommes pas ce « moi ». Nous réalisons avec stupeur que c’est l’esprit qui génère les pensées, les émotions et pas nous. Que tout le décor du monde qui nous entoure est une illusion persistante issu de la manifestation de cet esprit.
Concrètement, qu’est-ce que cela change ?
Avant l’éveil, nous n’avions que le « moi » pour appréhender la réalité. Or, nous l’avons vu, ce « moi » s’accroche aux concepts, à ce qu’il croit être stable, permanent. Mais en étant trompé par l’impermanence, il génère de ce fait toutes sortes d’afflictions et de concepts : le manque, l’avidité, la peur…
Dans l’état d’éveil, l’agitation du « moi » s’apaise, car il n’est plus au premier plan de notre conscience. Mieux encore, nous pouvons décider à quels moments celui-ci apparaît et dans quel but. Un peu comme un costume que l’on met pour jouer un rôle.
Puisque notre « moi » apparaît toujours à bon escient, nous cessons de mettre dans la roue karmique ce qui produit du négatif. Dès lors, le flux des afflictions issu des causes antérieures et de leurs effets commence à se tarir. Nous quittons peu à peu le Samsara.
Les états intermédiaires de conscience au moment de la mort (Bardo)
Nous l’avons vu, tout ce qui existe est mû par la force ininterrompue des causes et des effets depuis le Big bang. Ces flux (ou continuum) emportent absolument tout dans leur danse. Ainsi, la pomme tombe de l’arbre et nourrit la terre. Ce terreau deviendra idéal pour qu’une fleur y pousse. Et grâce au vent, il y aura mille autres fleurs aux quatre coins du monde.
Bien sûr, nous n’échappons pas à la règle : notre corps, nos pensées, nos émotions, notre personnalité… Tout ce que nous sommes change en permanence, entraîné par une infinité de causes antérieures.
Comme l’eau coule pour disparaître entre nos doigts, nous ne savons pas où nous mène notre propre flux de conscience.
Mais alors, que reste t-il vraiment de nous au moment de la mort ?
Dans le Bardo Thödol, le Livre des morts tibétain, il est dit que nous continuons à percevoir les manifestations de l’esprit, même après la mort.
Ainsi, une lumière extraordinaire peut apparaître, un état d’amour et de paix peut nous envelopper, des êtres qui nous sont chers peuvent se manifester. Si notre conscience est tourmentée, il est également possible qu’un décor anxiogène apparaisse : des formes terrifiantes, des entités, des bruits étranges…
Nous retrouvons ici les phénomènes décrits par les nombreuses personnes qui expérimentent une EMI (expérience de mort imminente). Pourtant, selon le Bardo Thödol, ce décor n’est qu’une illusion persistante, une pure projection de l’esprit. Et il convient de ne surtout pas s’y attacher.
Pourquoi ? Parce que si nous croyons dur comme fer que les manifestations de l’esprit sont la réalité, nous sommes comme prisonniers d’un rêve saisissant. Or, le rêve va se dissoudre et le continuum de notre conscience va être aspiré vers un nouveau corps, une nouvelle naissance, un nouveau « moi ».
À cet égard, il existe de nombreux témoignages de jeunes enfants qui affirment se souvenir de leur vie précédente. Certains enfants parviennent même à décrire comment le continuum de leur ancien « moi » se dissout jusqu’à leur renaissance, dans ce nouveau corps.
Pour tous les êtres qui se réincarnent, les manifestations de l’esprit (pensées, émotions, illusion persistante du décor terrestre…) permettent rapidement à un nouveau « moi » de prendre racine. C’est la raison pour laquelle, vers l’âge de 9 ans, ces enfants n’ont plus aucun souvenir de leur vie antérieure et donc de leur ancien « moi ».
Nous voyons ici que même au-delà de la mort, notre conscience individuelle n’échappe pas au cycle conditionné des causes et des effets (Samsara). Seule la nature du Bouddha permet d’arrêter l’identification systématique à un « moi » et donc de sortir du cycle des réincarnations.
En d’autres termes, lorsque nous réalisons que nous sommes déjà éveillés, le « moi » n’a plus aucune raison d’être. Et comme une flamme qui n’a plus de carburant, il finit par s’éteindre.
Nous voyons ici que les implications de l’éveil sont vertigineuses.
Pour aller plus loin :