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Extrait du livre Réveil - L'être de lumière qui sommeille en toi de Maël Tourrène

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2. Arrêter la contagion émotionnelle 

 

« L’autonomie, c’est quand le regard de l’autre devient un miroir, non un jugement. »

 — Françoise Dolto

 

Maintenant que le brouillard de ton mental commence à se dissiper, il est temps d’aller voir du côté… de tes émotions. Oui, cette mer intérieure parfois discrète, parfois déchaînée, qui t’influence sans que tu t’en rendes toujours compte. Cette nouvelle partie va donc t’aider à ne plus faire le yo-yo avec tes émotions. Et ce, même si tu as vécu en haut d’une montagne russe dans une vie antérieure. 

Selon le psychologue Paul Ekman, il existe six émotions de base : la joie, la tristesse, la colère, la peur, le dégoût et la surprise. Ces émotions, un peu comme les couleurs primaires sur la toile d’un peintre, se combinent ensuite pour former toute une palette de nuances : excitation, fierté, ennui, soulagement, honte, culpabilité… C’est riche, subtil, infini. Mais les émotions, comme les couleurs, donnent vie à la peinture : si on en met trop, on finit par brouiller l’ensemble. 

 

Ne pas se tromper d’émotion

À mes yeux, il existe deux grandes familles d’émotions. La première, ce sont celles qui jaillissent naturellement en toi, ici et maintenant. Elles sont spontanées, vivantes, vraies. Comme la tristesse qui te serre la gorge à l’annonce d’un décès. La joie éclatante qui t’envahit quand tu réussis un projet. Le plaisir d’une caresse, la peur qui t’alerte d’un danger réel. Ces émotions-là sont précieuses : elles viennent de toi, elles parlent le langage de ton âme. Elles te relient à ta vérité intérieure, te signalent ce qui est juste ou non pour toi.

La seconde catégorie est plus sournoise. Elle regroupe toutes ces émotions qui ne t’appartiennent pas vraiment, mais qui s’invitent quand même dans ton espace intérieur. Tu les absorbes sans le vouloir, à travers ton empathie, ton exposition aux médias ou à l’environnement. C’est la tristesse d’un proche qui déteint sur toi, la colère qui monte après un reportage anxiogène, la frustration déclenchée par une image de perfection inaccessible dans un magazine. Ces émotions-là fonctionnent un peu comme des balles de ping-pong : elles rebondissent d’une personne à l’autre, et finissent par atterrir chez toi, sans même que tu comprennes comment.

Le problème, c’est qu’en les laissant t’envahir, tu te charges inutilement. Tu perds en clarté. Tu confonds ce qui est à toi avec ce qui ne l’est pas. Et peu à peu, tu brouilles la fréquence de communication avec ton âme.

Alors, que dirais-tu d’arrêter un instant cette partie de ping-pong émotionnel ? Je vais te proposer quelques exercices simples pour mieux identifier les émotions qui t’appartiennent vraiment, et te libérer de celles qui ne sont pas les tiennes. C’est le moment de retrouver ton propre tempo intérieur.

 

Drama

Commençons par mettre un peu de lumière sur ce que j’appelle les mélodrames relationnels. Ces interactions chargées d’émotions nous secouent plus qu’on ne l’admet, et sont bien souvent à l’origine des émotions parasites qui ne nous appartiennent pas.

Le problème, c’est que ces mélodrames sont souvent invisibles… ou plutôt, camouflés sous une tonne d’émotions mal identifiées. Et quand l’émotion brouille notre discernement, difficile d’y voir clair. Alors posons une règle simple, mais redoutablement efficace : lorsqu’une relation amène de façon répétée des conflits ou crée un trouble quel qu’il soit, c’est qu’il y a quelque chose à éclaircir. C’est qu’une émotion non souhaitée est en train de se faufiler en douce. Un travail de mise en conscience dès lors s’impose.

Si tu sens que tu es pris dans ce genre de dynamique, que tu ne sais plus vraiment ce qui vient de toi ou des autres… Si tu sens que tes rapports sociaux sont conflictuels, que tu n’arrives pas à sortir du cercle vicieux… laisse-moi te proposer une expérience un peu radicale : pourquoi ne pas t’accorder une semaine sans le moindre contact humain ? Oui, tu as bien lu. 

Quand je dis « aucun contact », cela inclut téléphone, messages, réseaux sociaux, e-mails… le pack complet. Et non, ce n’est pas une blague. Une retraite monastique (ou toute autre forme d’isolement bienveillant) pourrait t’être salutaire. D’une part, tu prendras conscience que quelque chose cloche dans ton rapport aux autres. D’autre part, tu auras enfin l’espace nécessaire pour identifier avec précision ce qui t’encombre émotionnellement. Et surtout, tu repartiras avec une base émotionnelle plus neutre.

Alors bien sûr, si tu te lances dans cet exercice, prépare-toi : les premiers jours, tu risques de ressentir de la nervosité, voire un manque. C’est peut-être le signe d’une dépendance affective. As-tu besoin des autres au point de t’oublier toi-même ? Dans ce cas, reprends les exercices de respiration que nous avons vus ensemble, et reconnecte-toi à la gratitude. À l’inverse, si tu sens un apaisement profond pendant ce temps d’isolement… c’est peut-être que certaines de tes relations sont devenues toxiques sans que tu t’en rendes compte.

Mais rassure-toi : dans la majorité des cas, il ne s’agit ni de dépendance, ni de toxicité. Il n’empêche que certaines personnes déclenchent en toi une réaction émotionnelle forte — et ça, c’est toujours un indice qu’un travail est à faire. Pas de panique, on va explorer ça ensemble dans l’exercice suivant.

Tu l’auras compris, le plus difficile est bien d’admettre que nos relations sont dysfonctionnelles. La plupart du temps, nous refusons de voir la réalité en face car notre ego trop parfait ne peut tolérer la moindre erreur de jugement ; à cause de lui, nous sommes convaincus d’être maîtres de nos choix et donc de nos relations. 

J’en sais moi-même quelque chose puisque j’ai passé des années à entretenir des amitiés déséquilibrées avec des personnes qui cherchaient à me manipuler ou à me contrôler. Dans mon entourage, plusieurs proches ont pourtant tenté de m’alerter mais je continuais obstinément à me voiler la face. Je ne pouvais concevoir m’être trompé dans mes choix amicaux. Avec du recul, je sais qu’il me fallait guérir ma blessure de trahison, souvent vécue avec les personnes de sexe opposé. 

Par ailleurs, il m’arrivait fréquemment d’être énervé par telle ou telle personne, que ce soit dans ma famille, mes amitiés ou mes relations amoureuses. Il faut dire que mes relations personnelles étaient autant de prétextes pour médire ou émettre des jugements, cela me permettait de me comparer à mes proches et de m’attribuer des qualités qu’en réalité je ne possédais pas. Bref, j’étais tout à fait insupportable… 

Une chose est sûre, chercher à rabaisser l’autre est un schéma très largement répandu, comme en témoignent les rires du public dans le sketch « L’après dîner » où Sylvie joly critique de façon caricaturale ses amis sur le chemin du retour ou encore le sketche « Josiane » d’Ary Abittan… Alors, pourquoi avons-nous cette tendance à médire ? Tout simplement parce que l’autre est notre miroir : il nous alerte sur un déséquilibre, il nous indique ce que nous avons besoin de travailler pour que notre personnalité se rapproche du juste milieu. L’autre nous renvoie par effet miroir ce qui nous manque ou ce que nous avons en excès. 

Pour te donner un exemple personnel, je suis mal à l’aise avec les personnes qui portent un masque social trop visible. Tu sais, ces gens qui dissimulent leur vraie nature derrière une forte personnalité, voire un personnage fabriqué de toutes pièces. Par exemple, j’ai des difficultés à rire lorsque j’assiste à un spectacle comique car le personnage créé par l’humoriste me saute souvent aux yeux. Je regarde donc le spectacle comme si l’humoriste était à côté de son personnage, ce qui m’empêche d’associer les deux et de lâcher prise. Pour que je parvienne à rire, il faudrait que j’oublie l’humoriste ; cela arrive lorsque l’humoriste se déguise ou qu’il parvient à se mettre complètement dans la peau de son personnage. 

Sans parler des humoristes, il est fréquent en société de côtoyer une personne qui semble jouer un rôle en permanence. J’ai conscience qu’en se mettant en scène tels des comédiens, ces personnes sont souvent appréciées pour leur faculté à divertir et casser la routine d’une existence formatée par la Matrice. Dans le grand théâtre de la vie humaine, chacun doit jouer son rôle pour que la pièce soit parfaite. 

Mais je le reconnais : ces personnes, qui semblent jouer un rôle en permanence, me renvoient mon propre inconfort avec l’art de porter un masque. Ce que je ne parviens pas à faire, ils l’assument pleinement — et ça vient réveiller en moi une vieille blessure, celle du rejet. D’ailleurs, sans surprise, mes amis les plus proches ont très peu de « persona. » Ils sont entiers, vrais, parfois même à vif. Et forcément, en miroir, ils me montrent ce qui me manque : un petit bout de costume à mettre sur mes épaules pour réchauffer mes relations sociales. 

Si tu veux une image plus parlante, l’autre agit comme un aimant : soit il nous repousse, soit il nous attire mais dans les deux cas, il nous indique que nous avons une problématique commune sur laquelle il nous faut travailler pour atteindre un juste milieu. Alors, prêt à explorer ce que tes relations disent de toi ? Voici quelques exercices pour identifier les schémas relationnels qui te plombent.



Exercice 1 : Se regarder dans le miroir

(prendre quinze jours pour réaliser cet exercice)

 

Tu t’en doutais, avoue ? Me voilà en train de te proposer l’inévitable face-à-face avec… toi-même ! Dans cet exercice, ta mission sera d’identifier les personnes qui provoquent en toi une attirance ou une répulsion marquée. Cela peut être un collègue, un membre de ta famille, un partenaire, un voisin, ou même une célébrité (eh oui, ton agacement face à cette star de la télé en dit souvent long sur toi…).

D’ailleurs, cet exercice a peut-être déjà commencé à s’activer en toi, de manière subtile. Des visages, des noms ont surgi, accompagnés d’émotions bien connues. Note-les ! Je t’invite à prolonger ce processus pendant une quinzaine de jours. L’idée est simple (sur le papier, du moins) : repérer chaque changement d’humeur, chaque basculement intérieur qui se déclenche au contact de l’autre, par ce fameux effet miroir dont nous avons parlé.

Voici comment procéder : prends une feuille et trace-y quatre colonnes. Dans la première colonne, note le comportement, le trait de personnalité ou l’événement qui déclenche une réaction en toi.

Dans la deuxième colonne, décris la nature du trouble que cela provoque. Cela peut être : une irritation sourde, un jugement spontané, une fascination démesurée, une tristesse inattendue, une comparaison automatique ou encore une forme de mépris, d’envie, de rejet… Bref, tout ce qui te fait sortir de ton point neutre et révèle que quelque chose bouge à l’intérieur. Ce n’est pas toujours spectaculaire : une simple tension dans le corps, un ton qui change, un regard qui fuit… ça compte aussi.

Durant la première semaine, focalise-toi sur tes proches : conjoint, enfants, parents, amis… Tu verras, ce n’est pas si évident qu’il y paraît. Nos schémas relationnels étant bien installés, le trouble devient souvent indétectable à force d’habitude. Parfois, on oublie même qu’on est troublé ! C’est justement pour cette raison que je t’ai suggéré plus haut une période d’isolement complet avant d’entamer ce travail : retrouver une neutralité émotionnelle rend beaucoup plus perceptibles les petits frissons intérieurs, les crispations ou les emballements.

Ensuite, pour la deuxième semaine, élargis le champ : pense à ton entourage professionnel, à ces personnes publiques que tu adores (ou que tu ne peux pas voir en peinture)... ou encore à cette discussion entre amis qui t’a mis hors de toi sans trop savoir pourquoi. Un souvenir marquant qui revient souvent ? Il a sûrement un message à te livrer.

L’objectif ici n’est pas de te juger mais d’observer avec bienveillance les endroits où « l’autre » vient chatouiller quelque chose chez toi. Car ce « quelque chose », c’est toujours une part de toi-même encore inexplorée… Et si tu prends le temps de l’écouter, elle t’ouvrira une porte vers une compréhension bien plus profonde de qui tu es.

 

L’autre n’est jamais le problème

Une fois ta liste bien étoffée, prends une bonne respiration… et relis-la. Observe chaque comportement, chaque attitude, chaque événement que tu as noté, et regarde l’émotion que cela déclenche en toi. Souviens-toi : si quelqu’un te séduit ou te dérange, ce n’est jamais un hasard. Il ou elle détient, sans le savoir, une clé précieuse pour t’aider à rééquilibrer un pan de ta personnalité. L’autre est ton miroir, pas ton bourreau.

Je te le redis avec douceur : l’autre n’est jamais le problème. Il ne fait que te renvoyer ce que tu portes déjà, parfois bien planqué sous des couches de stratégie mentale ou de protection émotionnelle. Prenons un exemple.

Tu ressens une pointe au cœur en voyant un ami très entouré, rayonnant, aimé de tous ? Il se pourrait qu’en miroir, tu sois face à un manque de lien dans ta propre vie. Peut-être traverses-tu une période de solitude. Peut-être as-tu appris à garder l’autre à distance. Pose-toi la question : pourquoi ? Par peur d’être blessé ? Par réflexe de protection ? Un souvenir douloureux ? Une blessure d’âme en jeu ? 

La réussite financière d’un proche te crispe ? Il est peut-être temps d’aller voir ce que l’argent représente pour toi. As-tu intégré des croyances du type : « l’argent, c’est mal », « les riches sont égoïstes », « je ne mérite pas d’avoir plus » ? Cela vient-il de ton éducation ? D’un karma tenace ? D’un manque de visibilité ou de reconnaissance dans ce que tu fais ? Creuse. Et surtout, note tes intuitions, même floues, dans la troisième colonne de ton tableau. Tu es en train d’éclairer un angle mort.

Et si au contraire tu te sens en admiration béate devant quelqu’un ? Là encore, questionne-toi : qu’a-t-il ou qu’a-t-elle que je crois ne pas avoir ? Peut-être de la liberté, de la confiance, de la légèreté, du charisme ? Ce que tu admires avec tant d’intensité est bien souvent un potentiel inexploité en toi. Une qualité qui dort sous la surface en attendant que tu viennes la réveiller.

Dans le chapitre suivant, nous reprendrons les données de cet exercice pour aller plus loin. Je t’apprendrai à pacifier tes relations et intégrer ces miroirs dans une démarche de transformation intérieure. Alors garde bien ta feuille, elle sera précieuse !

Dernière chose : si tu peines à identifier l’origine du trouble, c’est tout à fait normal. On a souvent du mal à voir l’éléphant au milieu du salon (surtout quand on a grandi avec lui…). Il est difficile d’être pleinement objectif envers soi-même. Et comme le dit la chanson, un éléphant, ça trompe énormément... Si tu nages en plein brouillard, n’hésite pas à te faire accompagner par un professionnel : un psychothérapeute, un hypnothérapeute, un médium ou un bio-énergéticien peut t’aider à éclaircir ce qui t’échappe. Le plus important ? Reste dans l’accueil, la curiosité… et la bienveillance envers toi-même. Tu es sur le chemin.

 

Neutralité émotionnelle

Cet exercice est, de loin, le plus puissant du livre. Pourquoi ? Parce que si tu arrives à intégrer en toi que l’autre n’est jamais le problème mais bien la solution, alors quelque chose de profond va commencer à bouger… sans même que tu aies besoin de forcer.

Progressivement, tu vas remarquer un changement subtil mais durable : la charge émotionnelle que tu traînais comme un sac de pierres va diminuer. Tu vas te recentrer naturellement sur toi-même, comme un retour au port après une longue traversée. Et surtout, les personnes qui te déstabilisaient, te vampirisaient, ou déclenchaient chez toi une tempête intérieure… vont s’éloigner d’elles-mêmes. Parce qu’en arrêtant de vibrer à la même fréquence, tu ne vas plus les nourrir, ni les attirer. Elles passeront leur chemin, comme des moustiques qui ne sentent plus l’odeur du sang. Et à leur place, d’autres présences vont émerger. Plus neutres, plus apaisées, plus justes. Pourquoi ? Parce que tu auras rétabli en toi ce qu’on appelle la neutralité émotionnelle.

Attention, nuance importante : je parle ici d’une neutralité saine, pas d’une insensibilité ou d’une carapace émotionnelle. Il ne s’agit pas de devenir froid, dissocié, anesthésié (comme on peut l’être après un traumatisme, une dépression, ou sous l’effet de certains médicaments). Non, ce que je te propose ici, c’est de retrouver un espace intérieur stable, qui te permet de ressentir sans te laisser happer, de vivre sans te perdre dans l’autre. C’est cette stabilité-là qui va créer en toi un vide fertile. Un vide précieux. Un vide que la fameuse Matrice redoute plus que tout, car il te rend libre.

Et là, je t’invite à pousser plus loin ta réflexion : pourquoi avons-nous un tel besoin de nous remplir en permanence ? Remplir notre emploi du temps. Notre tête. Nos placards. Notre jauge de followers. Pourquoi cette obsession du plein ? Plein de pensées, d’émotions, de possessions, même de spiritualité, parfois ?  Pourquoi la Matrice cherche-t-elle à nous gaver (de divertissements, de peurs, d’alertes, d’informations...) comme si elle avait tout intérêt à ce qu’on ne reste jamais seul, tranquille, silencieux ? Qu’y a-t-il donc de si précieux dans le vide pour qu’on nous en détourne avec autant d’insistance ? Et si ce vide dont nous avons si peur… était en fait la clé ? Je te laisse avec ces questions… volontairement sans réponse. Tu es libre de t’y plonger, de les laisser infuser ou de passer au prochain exercice. Mais une chose est certaine : tu n’es plus tout à fait le même qu’au début de ce chapitre. Et ça, c’est déjà une petite révolution intérieure !




Exercice 2 : Se désintéresser (un peu) du monde

(deux fois dans la semaine, de façon espacée)

 

Le titre de ce nouvel exercice peut paraître provocateur, mais il a le mérite de mettre les pieds dans le plat : être au courant en temps réel de tout ce qui se passe dans le monde finit par saturer notre empathie émotionnelle. Oui, le monde ne tourne pas rond : il y a des conflits, des désastres écologiques en cours. Oui, des enfants meurent toujours de faim. Mais compatir « à la demande » en fonction de ce que nous montrent les écrans, ou pire, se gorger chaque jour de peur, de colère ou de dégoût, n’est clairement pas une solution. 

J’irai même plus loin : il est essentiel que tu prennes conscience que cette indignation sélective et cette compassion pilotée par les médias de la Matrice façonnent ta personnalité et influent sur ton humeur. C’est un poison qui s’infiltre dans tes relations sociales, qui brouille ta clarté intérieure et te décentre. Nos émotions sont comme des têtes d’allumettes : quand elles s’échauffent trop, elles s’enflamment et propagent le feu aux autres. Pourtant, crois-moi, il est possible d’éteindre l’incendie. Fais la paix en toi et tu cesseras de projeter sur les autres ce tumulte émotionnel.

Voici donc un exercice pour apprendre à rester dans une certaine neutralité émotionnelle dans tes interactions sociales. Commence par te poser 30 secondes pour observer ton état émotionnel du moment : ressens-tu quelque chose de particulier ? Ou te sens-tu plutôt neutre ? Note-le rapidement sur une feuille. Puis, prépare-toi à une expérience un peu déstabilisante : regarde environ vingt minutes d’un débat sur une chaîne d’info continue mainstream. Si tu n’as pas la télé, trouve un extrait sur YouTube. Les émissions de CNews ou BFM TV, par exemple, font très bien l’affaire. Pendant les dix premières minutes, observe les émotions qui surgissent en toi : agacement, indignation, tristesse, dégoût, exaspération, frustration, jalousie, peur, ironie, amusement… Mets ensuite l’émission sur pause. Prends un moment pour te recentrer, te remplir de gratitude, retrouver une forme de neutralité. À ton avis, est-il possible de regarder les dix minutes suivantes sans retomber dans les mêmes réactions émotionnelles ? C’est difficile, n’est-ce pas ? Et pourtant, c’est exactement l’objectif : relancer la vidéo en essayant de bloquer la contagion émotionnelle. Si tu n’y parviens pas, ce n’est pas grave : le principal est d’en prendre conscience et d’apprendre à en rire. La clé de l’exercice, c’est de te rappeler que ces émotions ne t’appartiennent pas.

Dans la vie quotidienne, l’exercice est encore plus délicat, car nous n’avons pas de bouton « pause » pour couper l’émotion de l’autre. Quand une conversation s’enflamme ou qu’un débat devient tendu, il est très difficile de garder le point neutre, surtout quand les personnes en face y mettent tout leur vécu. Je me souviens d’un dîner en pleine période covid où, incapable de rester calme, j’ai quitté la table pour aller prendre l’air. Un autre souvenir plus ancien : un réveillon où, après avoir été ignoré toute la soirée, j’ai quitté les lieux en pleine nuit, sans prévenir personne, avec un certain goût pour le théâtre. Heureusement, ces réactions extrêmes ne sont pas mon quotidien... Il ne s’agit pas ici de devenir insensible, mais bien de filtrer les émotions qui viennent de l’extérieur, celles qu’on nous projette dessus sans y être préparé. Tu dois pouvoir te dire intérieurement : « Tiens, cette émotion n’est pas à moi. Je n’en ai pas besoin. Je la laisse passer. »

Voici un autre test : le décès d’une célébrité. Pourquoi pleurer une star qu’on ne connaît pas personnellement, alors que des milliers de personnes meurent chaque jour sans que cela nous bouleverse ? Encore une fois, il ne s’agit pas d’être sans cœur. Il y a une grande différence entre ressentir une compassion sincère et absorber l’émotion collective comme une éponge. Tu dois donc être certain que cette tristesse t’appartient vraiment, qu’elle ne t’a pas été inoculée de manière automatique.

En triant ce qui t’appartient de ce qui ne t’appartient pas, les projections émotionnelles des autres finiront par glisser sur toi comme l’eau sur les plumes d’un canard. Et cela ne fera pas de toi quelqu’un de froid, bien au contraire. Car en préservant cette neutralité émotionnelle dans tes relations, tu pourras enfin accueillir pleinement les émotions qui naissent vraiment en toi, celles qui ont un sens, qui méritent d’être vécues et qui ne cherchent pas à envahir les autres.



Exercice 3 : Laisser 100% de sa liberté à l’autre

(pratiquer à chaque fois que la situation se présente)

 

En parlant de projections, ce nouvel exercice a justement pour but de te faire prendre conscience que nos interactions sociales sont un excellent thermomètre pour savoir qui projette quoi sur l’autre. Prenons l’exemple suivant pour que tu comprennes bien de quoi il s’agit : imaginons que tu rencontres une vieille connaissance et que cette personne te dise : « Salut, ça fait un bail ! Eh ben dis donc, tu n’as pas l’air en forme, toi ! » Comment vas-tu réagir ? 

Prends quelques instants pour te mettre dans la situation. Que ressens-tu ? Que te racontes-tu intérieurement ? Voilà, c’est là que ça devient intéressant. Dans ce genre de cas, il y a souvent deux réactions spontanées : soit tu te braques intérieurement, genre « Il est gonflé de me dire ça », soit tu encaisses, et une petite voix en toi commence à douter : « C’est vrai, je dois vraiment avoir mauvaise mine… je fais pitié. » Dans les deux cas, tu viens de quitter ton centre. 

Tu es entré dans le champ de bataille des projections. Peut-être que cette personne n’est pas au top elle-même et balance son propre mal-être en miroir. Peut-être que c’est toi qui ne veux pas voir ta fatigue, et sa remarque vient heurter une part de toi que tu nies. Ou alors, c’est une vieille blessure qui se réactive, celle qui dit « je ne suis jamais assez bien ». Bref, ça s’agite. Mais bonne nouvelle : il y a une troisième voie. Une voie qui ne te demande ni de contre-attaquer ni de t’écraser. Juste d’observer. 

Oui, tu peux choisir de rester neutre, présent à toi. De ne pas entrer dans le jeu. Tu peux regarder cette scène en te rappelant cette vérité essentielle : ce que l’autre dit ou fait ne parle que de lui. Tu n’es pas obligé de prendre ça pour toi. En fait, tu as le droit – et même le pouvoir – de laisser à l’autre 100 % de sa liberté. Liberté de penser, de projeter, de critiquer, d’aimer, de fuir, de rester silencieux… Tout ça lui appartient. Et toi, tu es libre de ne pas t’y coller émotionnellement. 

Ce détachement-là, ce n’est pas de l’indifférence, c’est de la conscience. C’est revenir dans ton axe. C’est être ancré dans le présent intemporel. C’est aussi refuser de t’identifier à ce que l’autre émet, tout en le laissant exister dans sa propre histoire. 

Pour t’entraîner à ça, je t’invite à faire un petit retour en arrière. Repense à une situation où tu t’es senti blessé, jugé, ignoré, peu importe. Un moment où les mots ou les silences d’un autre t’ont piqué. Est-ce que tu peux revisiter ce souvenir en prenant un peu de hauteur ? Est-ce que tu peux te dire, là, maintenant : « Ce qu’il ou elle a dit, c’était son film. Moi, je n’ai pas à le jouer. » Peut-être même peux-tu sourire à cette scène, mentalement. Lui rendre sa responsabilité, reprendre la tienne. Et sentir que quelque chose se détend, à l’intérieur. 

Cet exercice, tu peux le refaire chaque fois que tu te sens bousculé par quelqu’un. Respire, recentre-toi, et rappelle-toi : rien de ce que l’autre exprime ne t’appartient vraiment. Tu es libre. Et lui aussi. Sur ce même sujet, je te conseille vivement de regarder la vidéo intitulée « L’exercice émotionnel le plus important »  sur la chaîne YouTube de Selim Aïssel. 

 

Tu n’es pas Dieu (enfin si, mais bon…)

Chacun est libre de croire ce qu’il veut. Absolument tout ce qu’il veut. Si ton voisin est convaincu que la Terre est plate, en quoi cela te regarde, honnêtement ? Est-ce que ça t’empêche de dormir ? Est-ce que ça freine ton évolution ? Non ? Alors respire… et laisse-le croire à son globe carré. Si ta meilleure pote croit que son chat est la réincarnation de son arrière-grand-mère et que les carottes ont des émotions, c’est sans doute absurde. Est-ce une raison pour intervenir ? Non. Tant que sa croyance ne vient pas piétiner ta liberté, ce n’est pas ton affaire.

Et si jamais tu te sens obligé de mettre ton grain de sel, pose-toi une question simple : que cherches-tu à prouver ? Parce que si tu entres dans la lutte, dans le débat, dans le « je vais lui ouvrir les yeux », tu tombes exactement dans le piège que tu crois dénoncer. Tu alimentes l’énergie du conflit, telle que je l’ai décrite dans la première partie du livre. Tu alimentes aussi sa rage, tu renforces sa croyance. Et tu te retrouves à tourner en rond… pendant que la Terre, elle, continue de tourner plate.

Tu n’es pas Dieu. Tu n’es pas là pour corriger les trajectoires des autres, encore moins pour leur voler leurs expériences. Ce que l’autre est venu expérimenter ne te regarde pas. Tu peux être une lumière sur son chemin voire un phare dans sa nuit, mais tu ne peux pas braquer sur lui un projecteur. Laisse l’Univers dérouler ses plans. Prends garde à l’ego spirituel. Personne ne te demande de sauver la mouche prisonnière de la toile d’araignée. Rappelle-toi : chacun a son propre contrat d’âme, sa propre mission de vie, son propre ego à démasquer. 

 

Rivières et marécages

Pour faire le point sur tout ce qu’on vient d’aborder à propos des émotions, retiens ceci : les émotions sont le langage de ton âme. C’est par elles qu’elle te parle, te guide, t’alerte ou te réconcilie avec toi-même. Il en existe deux grandes familles : celles qui jaillissent naturellement dans l’instant présent, comme une vague qui te traverse sans prévenir, et celles que l’on se refile les uns aux autres, comme une mauvaise grippe.

Les premières, celles qui émergent dans l’instant, t’appartiennent pleinement. Elles sont précieuses : elles te montrent ce que ton âme cherche à te faire sentir, comprendre ou libérer. Celles-là, il ne s’agit pas de les fuir, ni de les projeter sur autrui, mais de les écouter, de les accueillir et de les traverser en conscience. Les secondes, en revanche, viennent d’ailleurs. Ce sont des émotions projetées, collées sur toi par l’autre, comme des post-it invisibles que tu n’as pas demandés. Celles-là ne t’appartiennent pas. Et pourtant, elles peuvent brouiller la fréquence, comme un parasite qui interfère avec le message que ton âme tente de t’envoyer.

Le vrai défi, tu l’auras compris, c’est de savoir distinguer ce qui est à toi de ce qui ne l’est pas. Et ce n’est pas si simple, car nos émotions se déguisent. Elles s’enracinent dans des causes apparemment légitimes : une lutte sociale, une œuvre d’art, un discours engagé, une injustice… On s’y attache, on y croit, on s’y perd. C’est un peu comme le sel dans les plats tout prêts : on en met partout. Même les débats autrefois neutres se chargent aujourd’hui d’une énergie émotionnelle démesurée. Regarde l’écriture inclusive, par exemple.Derrière un choix de langage se cristallise tout un champ de tensions affectives. L’émotion s’infiltre partout, et finit par court-circuiter notre discernement.

Alors le dernier exercice que je te demande de faire est en réalité un conseil : évacue tes émotions. Libère-les. Laisse-les vivre, s’exprimer, circuler. Car c’est en les laissant couler qu’elles cessent de déborder. Comme la pluie vide les nuages, tu peux vider ton chagrin. Comme l’éclair traverse l’orage, tu peux décharger ta colère. Si une émotion te submerge, ne la refoule pas, mais ne la nourris pas non plus. Ne reste pas là à ruminer en boucle, à t’imbiber des nouvelles anxiogènes ou à chercher un coupable à l’extérieur. Bouge ton corps. Frappe un coussin. Pleure devant un film ou une chanson. Cherche ce qui ouvre les vannes. Hurle dans la forêt. Respire.

Et si c’est la peur qui vient, alors recentre-toi. Reviens dans ton corps. Dans le présent. Regarde autour de toi. Tu es en sécurité. Ici et maintenant, tu es vivant. Et c’est suffisant. Le ressens-tu ?

Retiens ceci : les émotions sont comme l’eau. Elles sont faites pour circuler. Si tu les bloques, elles stagnent. Elles croupissent. Ne laisse pas ton monde intérieur devenir un marécage. Fais-en une rivière, libre et vivante.

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Extrait du livre Réveil - L'être de lumière qui sommeille en toi de Maël Tourrène

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